Kannapell, Alfred

Né le 22 avril 1879

Mort le 4 juin 1941

Calculateur de 2e classe, mobilisé.

Des calculs astronomiques aux calculs pour les assurances.

Alfred Kannapell est né en avril 1879. Licencié ès sciences mathématiques, il fait ses premières observations à l'observatoire de la Société Astronomique de France (dont il est membre depuis 1897). Il est attaché au Laboratoire de la Faculté des sciences de 1900 à 1902. Il est ensuite attaché à l'observatoire de Meudon pendant trois ans, travaillant sous la direction de Henri Deslandres à des mesures de spectroscopie et métrologiques. Il participe avec Deslandres à Burgos en Espagne aux observations de l'éclipse totale de Soleil du 30 août 1905. Il publie dans les Comptes Rendus de l’Académie des sciences « L'éclipse de Lune des 11-12 Avril 1903 »1, et dans la Revue d’optique, « Sur une formule capable de représenter les longueurs d'onde de raies spectrales en fonction de déviations prismatiques mesurées »2.

Mais lorsque Deslandres fut chargé en juillet 1906 de la direction administrative de l'observatoire de Meudon, il renvoya Kannapell, les « fermes convictions républicaines [de celui-ci] lui ayant valu la haine non dissimulée de M. Deslandres ». Il devint alors collaborateur de l’astronome Aymard de La Baume Pluvinel3.

Kannapell entre comme calculateur auxiliaire au Bureau des calculs dans le courant de l’année 1908. « Possédant la qualité de Français »,il est « promu » calculateur stagiaire au Bureau des longitudes en mai 1909, remplaçant Douchan Savitch dont la démission vient d’être acceptée. Il est évalué par Loewy qui le note :

« M. Kannapell qui possède des connaissances mathématiques étendues, a fait preuve pendant l’année de stage qu’il est sur le point de terminer, de zèle et d’habileté dans l’exécution des travaux qui lui ont été confiés ; il paraît appeler à rendre de grands services à notre Bureau des calculs. Nous demanderons à la fin du mois qu’il soit titularisé dans un emploi de calculateur de 3e classe. »4

La même année, il est fait Officier d’académie. Il devient titulaire, calculateur de 3e classe le 4 mai 1910, payé 2100 francs par an. Il est alors officier de réserve de l’armée active.

Kannapell connaît une histoire singulière pendant la Première Guerre Mondiale. Le 30 septembre 1914, le Bureau des calculs, réduit aux deux tiers suite aux mobilisations pour le conflit, reçoit un avis de mobilisation pour Kannapell, le dernier mobilisable du Service. Le 10 mars 1915, Jules Masson est mobilisé et le Bureau constate que Kannapell « le sera probablement prochainement ». En effet, Kannapell est appelé sous les drapeaux le 24 avril 1915, à Paris, à la 20e section des secrétaires d’État-Major (S.E.M.) affecté au Bureau des renseignements. Cette affectation lui permet toutefois de poursuivre irrégulièrement ses calculs pour le Bureau des longitudes. Il est rémunéré désormais 2700 francs et a touché 782f,50 pour des calculs supplémentaires pour la CDT. Il est promu calculateur de 2e classe en janvier 1917.

Dès lors, Kannapell est partagé entre le Service des calculs du BDL et son affectation à l’État-Major des Armées, et est le sujet de tractations opposant Henri Andoyer, directeur de la CDT, et le général Robert Bourgeois, directeur du Service géographique des Armées (S.G.A.). Lors de la séance du Bureau du 5 septembre 1917, dans une discussion portant sur le retour possible des calculateurs mobilisés, Andoyer tente d’obtenir un sursis pour Kannapell alors que Bourgeois estime que ce dernier est essentiel au S.G.A. Le 10 octobre 1917, le Bureau reçoit un nouvel ordre de mobilisation pour Kannapell qui est mis en sursis jusqu’au 31 juillet 1918. Le 10 mars 1918, le Gal Bourgeois précise que Kannapell est entièrement occupé à des travaux pour la Défense et demande à ce qu’aucun calcul de la CDT ne lui soit confié. Mais Andoyer quelques mois plus tard, estimant que le retour de Kannapell est essentiel pour la CDT, demande au Bureau d’intervenir auprès du Gal Bourgeois pour que son calculateur soit démobilisé5. Demande à laquelle le Gal Bourgeois accède le 18 décembre suivant tout en demandant que Kannapell puisse poursuivre ces tâches pour le S.G.A… À la sortie du conflit, Kannapell est confirmé comme calculateur titulaire quand le statut des calculateurs du BDL est réexaminé en 1919. En 1920, il est toujours en service auxiliaire pour l’Armée territoriale ; il touche 5600 francs pour ses travaux au Bureau des longitudes.

Le Ministère de l’Instruction publique accepte une demande de congés sans solde formulée par Kannapell le 7 janvier 1922, pour la période du 1er janvier au 31 décembre 1922. C’est à cette date que Kannapell quitte définitivement le Service des calculs du Bureau des longitudes pour (re)devenir actuaire, travaux de calculs d’assurances qu’il effectuait depuis la création de la Compagnie La Populaire en 1910 par Duval Fleury.

Il devint sous-directeur de la compagnie d'assurance « La Populaire » en 1935 puis son directeur en 1939, et le resta jusqu'à sa mort en 1941. Il était aussi membre de la Société de Statistiques de Paris depuis 1929 et c’est grâce au journal de cette Société que nous avons une notice nécrologique sur ce calculateur6. Alfred Kannapell est mort le 4 juin 1941.

 

 

1. CRAS 1903, T.136, 989 ;

2. Revue d'optique, 1926, T. 5, 421.

3. Notice par Philippe Véron. URL : http://www.obs-hp.fr/dictionnaire/astronomes_A-Z.pdf.

4. Archives inédites du Bureau des longitudes, Dossiers des calculs, année 1910.

5. PV BDL, 4 décembre 1918.

6. Journal de la Société Française de Statistiques, notice nécrologique d’Alfred Kannapell, 1941, tome 82, 234. URL : http://www.numdam.org/article/JSFS_1941__82__234_0.pdf.

Citation du texte: Guy Boistel, “Kannapell, Alfred,” La connaissance des temps, consulté le 27 octobre 2020, https://cdt.imcce.fr/items/show/972.