Trépied, Jean-Charles

Né à Paris le 19 février 1845

Mort à Alger le 10 juin 1907

Charles Trépied est né à Paris1. Il fit ses études au Lycée de Moulins où son père tenait un magasin de nouveautés et devint bachelier ès lettres et ès sciences. Puis il entra au Lycée Charlemagne pour y suivre les cours de mathématiques spéciales en vue de présenter le concours de l’École normale supérieure en 1866. Le 9 décembre 1865, il souscrivit un engagement décennal et, pour subvenir à ses besoins, sollicita un poste dans l’enseignement ; il fut nommé professeur au collège de Beaune en 1866. Dès le 10 novembre, le recteur de l’académie de Dijon écrivait au ministre : « Mr. Trépied n’a pas 21 ans, il fait sa classe comme un écolier récite une leçon mal sue, perdant à tout instant le fil de ses idées et ne le retrouvant que grâce à un cahier placé devant lui ; par suite d’un défaut de prononciation dont il est affecté, on l’entend fort mal et parfois pas du tout ». Il fut muté au collège d’Auxerre en 1868, mais le 22 juin 1869, il était ainsi noté : « Professeur médiocre, très léger en propos et en conduite, d’un caractère quinteux et difficile ; mauvais rapports avec le Principal. Mal vu à Auxerre. Je demande son changement pour la troisième fois ». Puis, le 17 août, le recteur écrivait au ministre :

« Il est indubitable […] que le maintien de Mr Trépied à Auxerre ne serait pas sans inconvénient. Ce jeune professeur semble prendre à tâche de multiplier les démarches inconsidérées. Il s’est abstenu de répondre à l’invitation qui lui a été adressée pour les dernières processions de la Fête-Dieu. Bien qu’il y ait, dans l’intérêt de l’établissement auquel on appartient, des concessions à faire aux exigences locales, c’était son droit. Mais aller s’installer à la porte d’un café sur le passage de la procession, et y affecter des airs de dérision pour ceux qui la suivent, c’est une pure inconvenance. Des pères de famille et des membres du bureau d’administration ont été choqués de cette conduite de Mr. Trépied ».

Muté au collège de Nogent-le-Rotrou en 1869, après avoir obtenu une licence ès sciences mathématiques, il était noté le 14 juin 1870 : « Excellente tenue, instruction solide, enseignement bien dirigé, mériterait une situation plus importante. Ce fonctionnaire intelligent et instruit, d’un caractère conciliant a une conduite et une tenue convenables ». Trépied avait-il changé du tout au tout en si peu de temps ? Il fut muté au Lycée de Vendôme le 12 octobre 1872 et demanda immédiatement un congé d’inactivité sans traitement pour préparer l’agrégation ; ce congé lui fut refusé. Il revint à la charge, invoquant cette fois des raisons médicales il souffrait de troubles cardiaques – le congé demandé lui fut accordé le 1er août 1873. Il profita de ses loisirs pour se livrer à des travaux de géodésie et d’astronomie théoriques. Il entra en 1875 comme volontaire à l’observatoire de Montsouris et reçut très vite, de la part d’Ernest Mouchez, le titre très officieux d’assistant du Bureau des longitudes délégué à Montsouris. Nommé le 4 avril 1877 membre adjoint du Bureau des longitudes, il prit part, en cette qualité, à la rédaction de la Connaissance des Temps. Mouchez écrivait au ministre le 23 juin 1880 :

« Mr Trépied […] est un excellent sujet dont je suis très satisfait depuis qu’il est à Montsouris ; il y a fait toute son instruction d’astronome praticien, et je l’ai chargé depuis un an de faire l’instruction des nombreux voyageurs partant en mission qui viennent nous demander de les mettre en état de faire les observations astronomiques nécessaires pour aller en voyage »

À la fin de l'année 1880, il reçut la mission d'organiser l'observatoire astronomique d'Alger2. Pendant la période d'installation provisoire de cet établissement, de 1881 à 1885, avec le concours d'un seul aide, Charlemagne Rambaud, il a effectué plus de 20 000 observations méridiennes et un grand nombre d'observations équatoriales de planètes et de comètes. La construction de l'observatoire définitif, commencée en 1885, fut terminée en 1890. Trépied fut nommé en 1881 professeur d'astronomie à l'École des sciences d'Alger qui venait d'être créée. En 1876, Trépied a publié une étude sur la photométrie des étoiles, recherche effectuée à l'aide du photomètre d'Arago et qui avait pour but la mesure des intensités lumineuses des astres et l'étude de la transparence de l'air. Il a observé l'éclipse totale de Soleil du 17 mai 1882, avec Thollon et André Puiseux, à Sohag (Sawhaj) en Haute-Égypte. En 1884, on avait envisagé d'envoyer Trépied au Caire pour y créer un observatoire dont il serait devenu le directeur ; mais il semble que ce projet ait avorté. Dans les années 1887, 1889, 1891, 1896 et 1900, il prit part, en qualité de secrétaire, aux travaux des conférences internationales qui se réunirent à l'Observatoire de Paris, dans le but d'étudier les questions relatives à l'établissement d'une Carte du Ciel photographique. L'observatoire d'Alger fut l'un des établissements qui collaborèrent à cette vaste entreprise.

Charles Trépied est mort subitement à La Bouzareah près d'Alger, le 10 juin 1907, d’une angine de poitrine. En 1906, il avait été ainsi noté par le directeur de l’école des sciences d’Alger :

« Caractère parfait. Conduite et habitudes sociales irréprochables. Excellent rapport avec ses chefs, les autorités et le public ; très complaisant. Beaucoup de sagacité, un jugement sûr, de la fermeté sans excès. Un goût passionné pour les sciences. Une grande aptitude pour l’enseignement et le choix des méthodes pour instruire et intéresser ses auditeurs ».

 

1. [Notice Ph. Véron]. Voir aussi de nouveaux éléments biographiques dans : Soulu, Frédéric, 2016, Développement de l’astronomie française en Algérie (1930-1938). Astronomie de province ou astronomie coloniale ?, Thèse de doctorat, Université Bretagne-Loire (Nantes).

2. Le Guet-Tully, F., Sadsaoud H., 2011, « La création de l’observatoire d’Alger » in De La Noë J., Soubiran C. (éds.), La (re)fondation des observatoires astronomiques sous la IIIe République […], Presses universitaires de Bordeaux, 231-250.

Citation du texte: Guy Boistel, “Trépied, Jean-Charles,” La connaissance des temps, consulté le 9 juillet 2020, https://cdt.imcce.fr/items/show/870.