Savitch, Douchan (ou Doghan)

Mort le 1914

Calculateur titulaire, militant de la cause serbe, mort sur le front, fusillé par les Austro-Hongrois en 1914.

Le parcours de Douchan Savitch est singulier : calculateur du Bureau des longitudes, puis démissionnaire, militant serbe, naturalisé français et mort fusillé par les Autrichiens en septembre 1914.

Douchan Savitch entre comme calculateur auxiliaire en 1884. Il est alors professeur à l'Association Polytechnique de Paris1. Au début des années 1890, Savitch se rapproche de la société de promotion des langues étrangères et notamment de la langue serbe ; en 1895, il y est introduit auprès des membres titulaires de cette société Serbe avec le titre suivant : « M. Savitch, Douchan, calculateur au Bureau des longitudes, 17, avenue de Montsouris, […] »2

 

 

Il est promu calculateur de 3e classe au Bureau des longitudes en 1898. Savitch est présent au sein des sociétés savantes. Il est auteur pour les comptes rendus du Congrès des sociétés savantes de Paris, qui se tient à La Sorbonne en 1898 et y présente son article le plus intéressant pour notre histoire : « Les éphémérides astronomiques en France et à l’étranger », daté du 21 avril 1898. Savitch y compare diverses publications similaires à la CDT, propose de combler certaines lacunes constatées dans la CDT. Savitch entreprend un exposé historique de l’évolution des éphémérides et fait le bilan de la Conférence de Paris des étoiles fondamentales de 1896 et l’impact des décisions prises sur les contenus de la CDT. Cet article est jugé important car il est repris dans la Revue scientifique, en août 18983.

Sa « présence médiatique » et son travail pour la CDT sont reconnus et valorisés par les palmes académiques le 30 août 1899 (Savitch est décoré en même temps qu’Auguste Claude). En avril 1903, le traitement de Savitch passe de 2200 à 2500 francs ; il est payé 1,75 franc de l’heure4. Savitch est, — à l’exception des calculateurs principaux et de 1e classe —, le calculateur du Service des calculs le mieux payé après Auguste Masson, payé 1,80 ff de l’heure. Comme Joseph Coniel, Savitch devient aussi l'un des calculateurs du Bureau auteurs pour le Bulletin astronomique, la revue scientifique de l’Observatoire5.

Il est encore promu calculateur de 2e classe en 1909 mais démissionne le 28 avril 1909 sans que nous en connaissions les motifs. Il est alors remplacé par Alfred Kannapell6. Pourtant, curieusement, après avoir demandé sa « réintégration » le 27 avril 19107, Savitch (re)démissionne définitivement de son poste de calculateur du Bureau et celle-ci est actée à la mi-mai 1910.

Savitch semble ensuite se rapprocher des organisations culturelles ou militantes serbes mais tout en continuant son prosélytisme astronomique. Il est visible dans la presse parisienne et très actif dans les sociétés culturelles yougoslaves ; il apparaît fréquemment dans les « listes des prochaines conférences données par la Société littéraire française de Belgrade » par exemple avec le titre « d’ancien attaché au Bureau des longitudes »8.

Les dernières traces de Douchan Savitch proviennent des premiers mois de la Première Guerre Mondiale. Le journal Le Temps du 9 décembre 1914 consacre un article à la « Campagne Austro-Serbe. Les Autrichiens à Semlin, Milan, 7 décembre ». Le 23 septembre 1914, la ville de Semlin est prise par les Austro-Serbes. Les Autrichiens vendent les biens des « traîtres » et les Serbes restés à Semlin sont passés par les armes :

« Parmi eux se trouvait un ancien ingénieur à Paris, ancien attaché au Bureau des longitudes, naturalisé Français, M. Douchan Savitch. Bien que deux perquisitions effectuées à son domicile fussent restées sans résultat, le colonel Schwartz fit fusiller « cet espion français »9.

 

2. Bull. Soc. Pour la propagation des langues étrangères, 1895, tome 6 (3e année, n°5), p. 114.

3. D. Savitch, « Les éphémérides astronomiques en France et à l’étranger », Revue scientifique, 4e série, T. X, n°9, 27 août 1898, 257-265 ; reprise de la communication pour le CSV 1898 et validée par le Journ. Off. du 14 avril 1898. URL : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k215129d pour l’article de la Revue scientifique en ligne.

4. PV BDL du 25 avril 1903.

5. Par exemple, D. Savitch, « L’éclipse annulaire et totale de Soleil des 16 et 17 avril 1912 », Bull. Astr., octobre 1908, tome 25, p. 369-376 (Savitch poursuit les comparaisons entre éphémérides).

6. Lettre de Poincaré au ministre de l’Instruction Publique, Paris, 10 mai 1909, « Copie des lettres », vol. 31, Archives non publiques du BDL, Institut de France (carton Q, cote provisoire).

7. Voir le PV BDL du 18 mai 1910.

8. Voir Journal des débats politiques et littéraires, 11 mars 1912, annonce d’une conférence de « D. Savitch, ancien attaché au Bureau des longitudes de Paris, sur l’éclipse de Soleil du mois d’avril prochain. » (voir aussi le Bull Astr. de 1908). Savitch annonce l’éclipse annulaire totale de 1912 commentée dans la presse scientifique. Voir aussi : Revue générale des sciences pures et appliquées, 15 mars 1912, n°5, par Abbé Th. Moreux, 170-171 : « Comment verrons-nous l’éclipse du 17 avril 1912 ? ».

9. Le Temps, numéro du 9 décembre 1914.

Citation du texte: Guy Boistel , “Savitch, Douchan (ou Doghan) ,” La connaissance des temps, consulté le 7 juillet 2020, https://cdt.imcce.fr/items/show/798.