Rocques-Desvallées, Henri-Camisard

Né le 13 février 1854

Mort en fin 1929

Calculateur titulaire, puis chef de service et enfin calculateur honoraire (1877 à 1929 †).

Né à Caen (Calvados) le 13 février 1854, Henri Rocques-Desvallées est licencié ès sciences mathématiques, incorporé au 99e régiment d’Infanterie de Ligne et libéré le 5 novembre 1875. Dès lors, il devient calculateur auxiliaire, franchi toutes les étapes de la nouvelle hiérarchie des grades de calculateurs mise en place en 1881. Puis il devient en 1916 « Chef de service » pour le Bureau des calculs du Bureau des longitudes pour lequel il travaille jusqu’à son décès en 1929. C'est l'un des personnages les plus importants du Service des calculs au tournant du XXe siècle pour lequel il est regrettable de n'avoir que trop peu d’informations.

Henri(-Camisard) Rocques-Desvallées était employé par le Bureau comme calculateur auxiliaire dès le 1er février 1877, à l’âge de 23 ans. En 1878 il est recensé comme membre de l’Association scientifique fondée par Le Verrier, aux côtés des calculateurs, Bellefontaine, Coniel notamment ; plusieurs membres titulaires du Bureau font partie des dignitaires de cette association dont Hervé Faye, son Président. Il n’est donc pas difficile de deviner que Desvallées a été coopté par le biais de cette association.

Il est présenté par Loewy le 25 janvier 1882 (aussi orthographié Roque des Vallées) pour remplacer Picqué ; aide-calculateur, il est alors payé 2000 francs1.

En 1884, Desvallées écrit dans La Libre Revue (cofondée par son superviseur Ulysse Bouchet à l’automne 1883 avant de décéder le 1er octobre 1883) sur la comète Brooks2. Il est promu calculateur de 2e classe le 25 février 1885.

Il se marie le 7 août 1888 à Marie-Louise Caroline Hébert (à Levallois-Perret)3 ; l’acte de mariage précise ses titres : il est alors calculateur au Bureau des longitudes, Officier d’Académie et officier de réserve dans l’infanterie de l’Armée territoriale. Desvallées est promu le 22 novembre 1893 et payé 4800 francs. Il est porté sur la liste des souscripteurs de l’AFAS4 depuis 18905. Desvallées reçoit des décorations honorifiques6 : officier des Palmes académiques puis Officier de l’Instruction Publique (on le trouve mentionné dans la presse parisienne : Le Gaulois, du 21 avril 1895).

Au décès de Roche, alors calculateur principal, Desvallées est promu le 1er novembre 1898, calculateur de première classe payé 5500 francs. Outre la régularité de ses travaux pour le Bureau et la CDT, Desvallées est impliqué dans d'autres travaux7 : il travaille avec Cornu sur la concordance des calendriers par exemple8.

À partir de 1903, Desvallées entre dans une seconde phase de sa carrière. Superviseur avec Schulhof de la CDT9, Desvallées est responsable de l'impression des publications du Bureau et traite directement avec Gauthier-Villars. Desvallées intervient aussi beaucoup dans l'Annuaire où il s'occupe particulièrement des monnaies et des questions touchant le calendrier10.

Au 1er janvier 1909, Desvallées est promu calculateur principal à 6000 francs et reçoit cette appréciation du responsable du « service des calculs » (Rodolphe Radau) : « Très instruit et très zêlé, M. Rocques-Desvallées nous est d’un secours appréciable pour la publication de la Connaissance des Temps et de l’Annuaire. Familiarisé de longue main avec tous les détails du service, il se charge de distribuer la besogne et d’en surveiller l’éxécution. A su mériter l’estime et la confiance entière du Bureau »11.

Il devient un collaborateur incontournable du Bureau ; il est loué dans le Bulletin astronomique, la revue officielle de l’Observatoire :

 

 

Il est désigné « Chef de service » du Bureau des calculs après la réforme discutée de 1919 qui touche la gestion des heures supplémentaires effectuées par les calculateurs. En 1920, il touche 11000 francs en revenus et gratifications diverses12, ce qui est une position fort enviable et fait de lui le calculateur le mieux rémunéré de toute l’histoire que nous nous sommes proposés de reconstruire. Il est le personnage clef du suivi des travaux de l’Annuaire en particulier.

En mai 1925, il fait valoir ses droits à la retraite au 1er août 1925 ; il reçoit les regrets et les remerciements de Henri Andoyer pour les services rendus pendant sa longue carrière et pour une collaboration si précieuse13.

Le 9 décembre 1925, Andoyer propose Jules Masson pour remplacer Desvallées comme chef de service et propose que le Bureau nomme Desvallées comme calculateur honoraire14 et lui fasse obtenir la Croix de Chevalier de la Légion d’honneur15.

En août 1930, sa veuve souhaite vendre la bibliothèque de son mari dans leur maison située dans l’Yonne mais ne peut savoir quels sont les ouvrages de valeur. Panique au Bureau des longitudes qui demande à la Veuve Desvallées de bloquer la vente en attendant qu’un membre du Bureau vienne jeter un coup d’œil. Gaston Fayet est délégué début octobre pour visiter cette bibliothèque ; à son retour le 8 octobre il ramène une « importante collection d’ouvrages appartenant au Bureau des longitudes », notamment sur les calendriers – la spécialité de Rocques-Desvallées.

Desvallées connaît une carrière de près de 50 années, comme Madame Schmid ou Lebaillif-Mesnager.

Notons enfin quelques interventions secondaires dans la presse quotidienne (sur les monnaies ; surtout sur des questions de calendriers, etc.)16.

 

 

Rocques-Desvallées est assez peu présent dans le Bulletin astronomique qui est plutôt le terrain de jeu de Léopold Schulhof et de Jean-Joseph Coniel . Signalons l’article suivant paru en 1908 : « Comparaison des coordonnées héliocentriques des planètes déduites des Tables de Le Verrier et des Tables de MM. Newcomb et Hill », Bull. Astr., 25, (mai 1908), 161 et sq. Enfin, Rocques-Desvallées publie en 1919 l’ouvrage suivant qui fait l’objet de plusieurs recensions dans les revues mathématiques :

        • Tables logarithmiques et trigonométriques à 4 décimales (arg. en arc et en temps) et tables à 3 décimales, à l’usage des physiciens et des navigateurs, Paris, Gauthier-Villars, 72 pages – recension dans le Bulletin des sciences mathématiques, 1920 Tome 44/1, p. 41.

1. PV BDL du 4 et 8 mars 1882.

2. La Libre Revue, 2e année, n°8, 16 au 31 janvier 1884, article IX. « La comète Pons-Brooks ».

3. Acte de mariage à notre disposition.

4. Association Française pour l’Avancement des Sciences. Voir le site de l’AFAS pour son histoire et ses activités actuelles : http://www.afas.fr/histoire-de-lafas/. Voir aussi : Gispert, Hélène (dir.), 2002, Par la science pour la patrie : L'Association française pour l'avancement des sciences (1872-1974), un projet politique pour une société savante, Rennes, P.U.R. coll. « Carnot ».

5. Son adresse est : Montrouge, 10bis rue de Fontenay.

6. PV BDL des 30 janvier 1895 ; 20 février 1895 ; 24 avril 1895.

7. PV BDL des 5 juillet 1899 et 22 novembre 1899.

8. Réponse de Cornu le 22 novembre 1895 en réponse à une lettre à Paul Tannery dans l’Intermédiaire des mathématiciens.

9. PV BDL du 21 octobre 1903.

10. PV BDL du 14 novembre 1906.

11. Dossier Rocques-Desvallées, Archives non publiques du BDL, Institut de France, état des services en 1909, note mss du 19 mai 1909. La version transmise au ministère est un peu différente : « […] il est chargé de la distribution et de la centralisation des calculs dont il surveille aussi l’exécution. Il jouit de la pleine confiance du Bureau. ».

12. Dossier Rocques-Desvallées, Archives non publiques du BDL, Institut de France, état des services en 1920.

13. PV BDL du 27 mai 1925.

14. Ampliation ministérielle pour nommer Desvallées à l’honorariat le 23 décembre 1925.

15. PV BDL, 6 janvier 1926 ; mais l’obtention de la Légion d’honneur n’est alors possible que 3 années après la mise à la retraite du fonctionnaire. Nous n’avons pas de trace de dossier de Légion d’honneur dans la base LEONORE.

16. Voir par exemple, H. Rocques-Desvallées, 1902, « La milliardième minute. Ce que dit M. Rocques-Desvallées, calculateur de 1e classe au Bureau des longitudes », La Presse, n° du 25 avril 1902 ; Ibid., « Quelle heure est-il ? Interview de M. Rocques-Desvallées […] », La Presse, n° du 15 décembre 1902 ;

Citation du texte: Guy Boistel , “Rocques-Desvallées, Henri-Camisard,” La connaissance des temps, consulté le 7 juillet 2020, https://cdt.imcce.fr/items/show/795.