Marie Jean-Baptiste François PICQUÉ

Né à Bagnères de Bigorre le 2 mai 1807

Mort à Paris le 22/28 juillet 1881

Une double carrière, entre Saint-Cyr et le Bureau des longitudes (1855-1881).

L’École militaire de Saint-Cyr fournira aussi quelques calculateurs dans la seconde moitié du XIXe siècle : Jean-Baptiste Picqué et Henri-Eumène Roche.

À la fin de ses études, Jean-Baptiste Picqué est reçu premier au concours pour le poste de professeur de mathématiques au Collège Royal de La Flèche (anciennement Le Prytanée Impérial) en octobre 1838. Il se marie en 1841 et cherche une meilleure position. Il devient répétiteur puis professeur de géométrie descriptive à St-Cyr en 1840 ; il va y faire carrière pendant 33 années. Durant son service à St-Cyr, il obtient plusieurs positions honorifiques internes : professeur associé à la chaire de géométrie descriptive (1849), membre du jury d’admission à l’École Spéciale (1850), professeur titulaire du cours de géométrie descriptive (1869) pour lequel il a écrit et publié plusieurs ouvrages. Il est coauteur d’ouvrages avec le colonel du Génie, César Lambert, dont les Éléments de géométrie descriptive, par MM. Lambert et Picqué (Paris : L. Hachette, 1842 ; In-8°, 92 pp.) ; une 2e édition est publiée en 1850 avec une version destinée aux élèves de l’École polytechnique.

Sa carrière au BDL se déroule simultanément avec son service d’enseignement à Saint-Cyr qui prend fin en 1873. Picqué entre comme calculateur auxiliaire pour la CDT en 1855 (il est alors payé 540 francs par an). Il est présenté pour la 1e fois par Claude-Louis Mathieu pour la succession de Lebaillif-Mesnager le 16 février 1859 (en compétition avec le Cdt Aristide Servier et Delarue) : « M. Picqué, Professeur à l’École de St Cyr qui depuis quelques années fait des calculs pour la CDT… » ; mais le Cdt Servier est élu à l’unanimité.

Le 16 mars 1859, le Bureau décide de fournir un adjoint à Servier et poursuit dans sa volonté de s’adjoindre les services de militaires formés à l’X ou à St Cyr, retraités ou en service (Montalant, Largeteau, Servier, Picqué, puis Roche). Picqué est élu avec 6 voix, contre 1 à Delarue :

« […] son choix s’est porté sur Mr. Picqué, professeur de mathématiques à l’École Impériale militaire de St Cyr, qui depuis quatre ans a été employé comme auxiliaire à divers calculs de la Connaissance des temps et qui s’est toujours acquitté avec la plus grande exactitude du travail qu’on lui a confié [...] »1

Le 1er avril 1859, Picqué est désigné calculateur adjoint à 2000 francs par an. Il conservera ce titre durant toute sa carrière sans doute en raison de sa situation professionnelle à Saint-Cyr. Le 19 août 1861, il est fait Chevalier de la Légion d’honneur sur présentation de ses supérieurs à St Cyr2. Cette décoration ne passant pas par le BDL, celui-ci dans ses actes, ne la mentionnera jamais !

Sans doute Picqué se considère-t-il mal ou sous employé par le Bureau car le 15 juin 1870, il demande à ce qu’on lui confie « des calculs plus intelligents que les éphémérides d’étoiles dont il est chargé ». La réponse de Laugier est mentionnée au PV du 22 juin 1870 et contre signée par le président ; elle est assimilable à un rappel à l’ordre et à la discipline.

Le 5 juillet 1871, Picqué demande la place du commandant Servier, récemment décédé. Mathieu rend au Bureau un rapport négatif à la séance du 26 juillet 1871.

Lorsque Maurice Loewy prend la direction de la CDT en décembre 1872, Picqué ne reçoit pas son approbation et semble même être mis en cause pour des erreurs de calculs. Toutefois il reste en poste comme Ulysse Bouchet, alors que Marc-Antoine Gaudin est poussé à prendre sa retraite, au profit de l’entrée d’Henri-Eumène Roche (un autre officier) et de Léopold Schulhof, cooptés par Loewy.

Compensation ou nécessité de se mettre en cohérence avec les titres honorifiques que Picqué reçoit du côté de Saint-Cyr, sur présentation du Bureau, le 6 mars 1878, Picqué reçoit la croix d’officier d’académie. Lorsque Loewy parvient à restructurer le Bureau des calculateurs et à créer des classes de calculateurs en 1881, avec progression de carrière (assorties de promesses d’augmentations et d’accès à la retraite), le Bureau reçoit le 16 février 1881 une lettre de réclamation de Picqué via le ministre de l’Instruction publique3. En réponse, le président du BDL explique pourquoi Picqué n’a pas pu être nommé calculateur de 1e ou 2e classe, malgré son âge, ses titres et son activité :

« […] le passé de M. Picqué est en effet très recommandable mais [...] les services qu’il rend actuellement au Bureau sont très restreints, et largement payés par les appointements de 2000 francs alloués à M. Picqué. Les membres du Bureau qui ont dirigé les calculs de la Connaissance des temps [...] n’ont jamais cru devoir proposer d’augmenter ces appointements. »4

En compensation il est nommé « aide-calculateur » le 29 janvier 1881 au traitement de 2000 francs.

Le 24 août 1881, on annonce en séance du Bureau la mort de Jean-Baptiste Picqué, « le doyen des calculateurs en activité de service »sans autre emphase, à l’âge de 75 ans5.

Le 14 juillet 1881, le Bureau reçoit une demande de secours de la part de la veuve de Jean-Baptiste Picqué et le ministre demande un audit sur les moyens de subsistance de cette femme. Le 21 juillet suivant, le Bureau répond favorablement à cette demande de secours. Mais le ministre demande à ce que les 300 francs octroyés à la Veuve Picqué soit pris sur les fonds du personnel du BDL. Le Bureau annonce son refus catégorique lors de la séance du 9 novembre 1881 pour des raisons qui nous sont inconnues.

Le remplacement de Picqué se pose en 1882 ; son successeur sera Henri Rocques-Desvallées.

 

1. AN, F17.23129, lettre du BDL au ministre de l’Instruction publique, Paris, le 17 mars 1859.

2. Dossier LH/2150/40, base LEONORE.

3. Lettre datée du 9 février 1881.

4. AN, F17.23129, lettre du Président du BDL au ministre de l’Instruction publique, Paris, le 16 février 1881.

5. AN, F17.23129, minute datée du 20 septembre 1881.

Citation du texte: Guy Boistel, “Marie Jean-Baptiste François PICQUÉ ,” La connaissance des temps, consulté le 30 octobre 2020, https://cdt.imcce.fr/items/show/787.